La chaire santé sexuelle de l’Unesco anime la réflexion sur la sexualité des personnes handicapées

Publié le 19/09/17 – 19h01 – HOSPIMEDIA

Ce 15 septembre, la chaire Unesco santé sexuelle et droits humains a choisi d’aborder le sujet complexe de la vie sexuelle et affective des personnes en situation de handicap. Formation des professionnels, parentalité, violences ou assistance sexuelle, retour sur quelques propos saillants.

Y a-t-il en 2017 encore quelque chose de tabou à parler sexualité en France ? Tantôt à l’initiative personnelle d’enseignants, tantôt à coup de circulaires ministérielles, le sujet s’est depuis longtemps frayé un chemin dans les classes de l’Éducation nationale. Quant à la nudité, elle se donne à voir aux yeux de tous sur les panneaux publicitaires et à longueur de contenus audiovisuels. Mais en contrechamps, par-delà ces physiques érigés en canons de beauté, d’autres corps souffrent d’être oubliés : en France, sur 65 millions de personnes, 12 millions sont touchées par un handicap. Quid de leur vie affective et sexuelle ? Quid de leur désir de parentalité ? C’est un coup de projecteur sur ces thèmes qu’a donné la chaire Unesco santé sexuelle et droits humains au cours d’une journée d’échanges et de conférences au ministère des Solidarités et de la Santé, ce 15 septembre.

« Ce colloque est l’occasion d’envisager les différentes possibilités et alternatives d’accompagnement à la sexualité des personnes en situation de handicap » indiquent Ingrid Geray, avocate formée sur les questions liées aux traumatismes crâniens et à la santé sexuelle, et Arnaud Sevène, médecin généraliste et sexologue, qui président l’événement. À la tribune, quatre sujets auront été abordés au cours de la journée : le droit à la sexualité, les violences sexuelles, les perspectives dans le domaine du handicap et de la sexualité et, avant tout autre sujet, la question de l’handiparentalité.

La méconnaissance des soignants

Rapportées par des professionnels de la santé, les problématiques émergent au fil des exposés : le corps d’une personne en situation de handicapest sexué, et cette donnée ne paraît pas acquise pour tous, y compris dans le monde médical. « Il y a les préjugés et l’ignorance de la société », témoigne Béatrice Idiard-Chamois, sage-femme à l’Institut Montsouris, et qui présente elle-même un handicap moteur. « Il y a aussi un problème de formation du personnel : il y a un déni par le corps de santé, de la sexualité des personnes handicapées. Parmi les nombreux obstacles à la parentalité des personnes en situation de handicap, figure ainsi l’accès à l’accompagnement : il existe une quasi-absence de suivi gynécologique en France. On observe ainsi une importante prévalence des cancers gynécologiques chez les personnes présentant un handicap, ce qu’a démontré une étude québécoise de 2010. » La sage-femme rapporte aussi qu’elle a dû se former par elle même, avant d’être identifiée comme une personne ressource capable, non seulement d’accompagner de futures mamans handicapées, mais aussi de former ses pairs.

Des enjeux semblables à ceux des « valides »

« Notre souci, c’est celui d’une prise en charge globale » reprend Nathan Wrobel, gynécologue accoucheur à l’Institut Montsouris, et qui a été sensibilisé à ce sujet par Béatrice Idiard-Chamois. À telle enseigne qu’ils travaillent désormais en binôme, au point, de recevoir ensemble les patientes et leurs conjoints. « Nul ne saurait tout savoir, et il importe de travailler en réseau, y compris avec nos confrères urologues, généticiens, cardiologues, diabétologues, etc. Mais ce type de consultation, dédiée et équipée pour des femmes en situation de handicap, est rare, voire unique en France. « Il y a celle que nous assurons à Montsouris, il y’en a une aussi à la Pitié-Salpetrière, mais à ma connaissance, c’est tout« , croit savoir Nathan Wrobel.

D’une intervention à l’autre, d’autres représentations sont levées, une à une. Exemple, avec cette communication de Régine Scelles, professeur de psychopathologie à l’université de Nanterre (Hauts-de-Seine). »Ce n’est pas vrai que tous les frères et sœurs sont gentils avec l’enfant handicapé. » Une maltraitance qui, lorsqu’elle advient, n’est pas forcément dicible par l’enfant en situation de handicap, ni même audible de la part des parents ou des accompagnants. Il s’ensuit parfois des parcours de souffrance et de résignation face à une maltraitance qui s’installe avec l’âge, dans la famille et en dehors, et qui peut dépasser la parole et les coups. « Les violences sexuelles faites aux personnes en situation de handicap sont trois à cinq fois supérieures à celles subies dans la population valide« , souligne Régine Scelles. Et de rappeler aux professionnels de santé présents dans l’assemblée « qu’il y a un devoir de signalement qui est dérogatoire au secret professionnel. »

Un témoignage précieux

Autre moment fort de cette journée santé sexuelle et handicap, l’intervention, à l’estrade, d’Élise, jeune femme polyhandicapée, dans une discussion ouverte avec Arnaud Sevène sur la place de la sexualité dans la vie d’une jeune femme en situation de handicap. Espiègle, elle raconte n’avoir jamais eu de difficulté à séduire. Son partenaire ? « Il est valide. » L’aime-t-elle ? « Oui, c’est une nécessité pour moi. » Où se rencontrent-ils ? « J’habite chez mes parents, mais ils ne veulent pas le recevoir. On va à l’hôtel. » Pour cette femme de caractère, les obstacles n’en sont pas, mais pour d’autres ? La question se pose notamment de l’accompagnement à la sexualité. Bonne ou fausse solution ? La conversation, menée par François Crochon, chef de mission du centre ressources handicaps et sexualités (Cerhes), agite la salle. Et l’on devine des initiatives menées dans les établissements aux confins de ce que permet la loi. Car pour permettre la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap, la situation demande parfois la connivence du personnel soignant dans es établissements : comment autrement deux amants en situation de handicaps pourraient-ils se retrouver ? Des enjeux complexes, sur lesquels la journée aura permis de donner des éléments de réponse, et peut-être d’alimenter une dynamique entretenue par la chaire Unesco santé sexuelle et droits humains.

Un commentaire

  1. Salut Vincent, une petite réaction « à chaud » :

    Une chaire dédiée aux plaisirs de la chair ? Il est grand temps en effet que ces débats, qui commencent à dater, mènent à des solutions qui répondront à de réels besoins. Mais vu la tournure que prend notre société, à toujours vouloir calquer le modèle bipolaire américain, offrant à la fois une orgie d’images sexuelles voire pornographiques, tout en entretenant un puritanisme latent, on est en droit de douter… D’une part la révolution sexuelle, dont on peine à croire que les personnes handicapées ont pu profiter, semble s’éloigner et s’embrumer dans un discours de bonnes mœurs toujours plus aseptisées. Le politiquement correct entre pourtant en contradiction avec la multiplication des moyens de rencontre, censés favoriser l’accès à des partenaires potentiels, occasionnant j’imagine d’autant plus de frustrations pour des personnes n’ayant jamais eu d’expérience et craignant l’inconnu. Le sexe est partout en effet, de la moindre affiche publicitaire aux couvertures des magazines, en passant par les émissions de télé réalité, qui montrent des corps, certes souvent mû par des esprits limités, mais mis en exergue comme autant d’objets de désir. À cela on rajoute la pénalisation du client qui voudrait, en désespoir de cause, rencontrer des personnes monnayant leurs services, c’est comme refermer le couvercle sur une cocotte de pulsions prête à exploser. À l’image des Ad’ap, encadrant la mise en accessibilité des établissements recevant du public, il serait grand temps en effet, de regarder en face un public en souffrance, et de lui offrir la possibilité d’un accès à son propre corps, mais aussi, et peut-être surtout, au corps de l’Autre…

    Bien à toi,

    François

    Aimé par 1 personne

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