Vie professionnelle, question du « travail domestique », violences sexistes et sexuelles : dans la continuité de la campagne #TousCitoyennes menée par LADAPT pour la SEEPH 2018, l’enquête[1] en double miroir dévoile les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes en situation de handicap dans les différents aspects de leur vie au quotidien.

Dans la vie professionnelle, une différence de ressenti entre les hommes et les femmes

Si les femmes en situation de handicap expriment davantage de difficultés dans la plupart des dimensions abordées, c’est concernant la vie professionnelle que les écarts observés avec les hommes handicapés sont les plus notables. 52% des femmes estiment ainsi que les choses sont plutôt difficiles pour elles dans le travail, soit une proportion supérieure de 16 points à celle mesurée auprès des hommes handicapés (36%).

LADAPT alerte sur la problématique de la charge mentale qui concerne plus les femmes que les hommes. 40% pensent souvent à leur travail le week-end (contre 32%). L’étude dévoile que les travailleurs en situation de handicap sont davantage concernés. 44% des hommes handicapés déclarent penser à leur travail le week-end et c’est encore plus vrai pour les femmes handicapées (48%). Cet empiétement du travail dans la sphère privée n’est pas sans conséquences : 46% des femmes handicapées indiquent ainsi rencontrer souvent des difficultés à dormir en raison de leur travail, soit une proportion supérieure à celle mesurée auprès des trois autres publics (42% pour les hommes handicapés, 35% pour l’ensemble des femmes, 33% pour l’ensemble des hommes).

[1] Deux enquêtes ont été réalisées simultanément. La première a été conduite auprès d’un échantillon conséquent de 2002 personnes en situation de handicap, la seconde a été administrée à un échantillon témoin de 2001 répondants, représentatif de la population française dans son ensemble. Si les enquêtes sont traditionnellement réalisées auprès d’échantillons de 1000 répondants, il a été décidé d’en doubler la taille afin de pouvoir analyser finement les résultats sur la base de quatre populations différentes : les femmes en situation de handicap, les hommes en situation de handicap, l’ensemble des femmes, l’ensemble des hommes.

Une inégale répartition des tâches domestiques malgré la situation de handicap

Les femmes en situation de handicap assument la grande partie des tâches ménagères. 80% déclarent s’occuper elles-mêmes de faire le ménage, soit la même proportion qu’au sein de l’ensemble de la population féminine française (40%). Près de trois quart d’entre-elles indiquent par ailleurs s’occuper de la préparation des repas (75% et 79% pour l’ensemble des femmes), de faire les courses (74% et 79% pour l’ensemble des femmes) ou de s’occuper des enfants (70% contre 74%). Par ailleurs, cette étude nous explique qu’en moyenne, le temps passé à la réalisation des tâches ménagères est de 8,7 heures pour les femmes en situation de handicap, 8,5 heures pour l’ensemble des femmes, 7 heures pour les hommes en situation de handicap et 6,5 heures pour l’ensemble des hommes. Le handicap n’a que peu d’impact sur la répartition des tâches domestiques au sein du couple.

De cette double peine, il résulte un sentiment de trop plein. Un tiers des femmes en situation de handicap expliquent au sujet du quotidien qu’elles « y passent beaucoup de temps et qu’elles aimeraient qu’on les décharge » (32%), soit une proportion supérieure à celle mesurée auprès de l’ensemble des femmes (23%), des hommes (10%) ou de ceux en situation de handicap (16%).

La prise en charge des tâches domestiques s’accompagne de conséquences négatives dans différents aspects de la vie des femmes concernées. 56% des femmes en situation de handicap indiquent que les choses sont difficiles dans le domaine des loisirs, soit une proportion très supérieure à celle mesurée auprès de l’ensemble des femmes (38%), de l’ensemble des hommes (32%) ou de ceux en situation de handicap (42%).

L’argent constitue également un domaine dans lequel le vécu des femmes en situation de handicap diverge de celui des autres publics investigués dans le cadre cette enquête. Les deux tiers des femmes handicapées estiment que les choses sont difficiles dans ce domaine, soit une proportion supérieure à celle mesurée auprès de l’ensemble des femmes (59%), l’ensemble des hommes (54%) ou les hommes handicapés (54%).

Les femmes handicapées sont surexposées aux violences sexistes et sexuelles

Les résultats de l’étude menée par l’IFOP pour LADAPT lèvent le voile sur un phénomène particulièrement alarmant : la surexposition des femmes en situation de handicap aux violences sexistes et sexuelles. Ainsi dans l’ensemble de la population féminine française, 33% des répondants déclarent avoir déjà fait l’objet de moqueries ou de propos vexants, soit une proportion supérieure à celle mesurée au sein de la population masculine (26%). A cet effet « genre » vient s’additionner un « effet handicap » : près d’une femme handicapée sur deux indique ainsi avoir déjà été moquée (49%).

Les agressions subies au travail ne se bornent pas à des propos vexants mais concernent aussi des faits plus graves encore. Un tiers des femmes handicapées déclarent avoir fait l’objet d’invitations compromettantes (33%) ou s’être vue imposée des contacts physiques légers (31%). La comparaison avec les trois autres publics montre qu’elles sont systématiquement les plus concernées par ces faits. Plus grave encore, l’étude montre que les agressions  interviennent également dans la sphère privée. Près d’un quart des femmes en situation de handicap indiquent ainsi avoir subi des violences conjugales (23%), soit un chiffre supérieur à celui mesurée auprès de l’ensemble des femmes (15%) et des hommes handicapés (13%). Ces derniers étant d’ailleurs significativement plus concernés que l’ensemble des hommes (4%).

Enfin, près d’une femme handicapée sur cinq déclare avoir déjà été violée (16%), soit une proportion record et supérieure à celle mesurée auprès de l’ensemble des femmes (9%), des hommes handicapés (9%) et de l’ensemble des hommes (3%). L’analyse des données montre que les femmes avec des revenus peu importants sont davantage concernées par les violences conjugales : 31% des sondées qui appartiennent aux catégories « pauvres » en ont subies contre 6% de celles relevant des catégories « aisées ».

Comment expliquer cette surexposition des femmes en situation de handicap aux violences sexuelles ? Essentiellement car leur situation de vulnérabilité physique, psychologique et économique les exposent davantage aux comportements de prédation. En qualité d’acteur de référence en matière d’inclusion des personnes en situation de handicap, LADAPT lance aujourd’hui un cri d’alarme.

Téléchargez ci-dessous l’étude complète :

Source : https://www.ladapt.net/actualite-etre-une-femme-en-situation-de-handicap-la-double-peine-enquete-ifop-x-ladapt


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