Citoyenneté engagée et autonomie.
Citoyenneté engagée et autonomie.

Lors d’une présentation de sa thèse sur la participation des personnes handicapées et des âgés dans les conseils départementaux de la citoyenneté et de l’autonomie, Marion Scheilder-Yilmaz évoque les conflits entre les deux champs de l’autonomie.

Si ces dernières années le terme autonomie vise à rapprocher dans un même ensemble les secteurs du handicap et des personnes âgées, sur le terrain cette convergence sémantique semble compliquée à mettre en œuvre. C’est ce qu’a pu constater Marion Scheilder-Yilmaz, doctorante en sociologie à l’université de Lorraine en contrat Cifre (pour convention industrielle de formation par la recherche) à l’APF France handicap de 2016 à 2022. Son travail de thèse a en effet porté sur la participation des personnes handicapées et des personnes âgées dans les conseils départementaux de la citoyenneté et de l’autonomie (CDCA). Intervenant lors d’un webinaire organisé par l’Institut pour la recherche en santé publique ce 27 septembre, la chercheuse a souligné qu’elle a retenu pour son étude les CDCA car il s’agit de la « seule instance rassemblant exclusivement des représentants des personnes âgées et des personnes en situation de handicap ». Plus justement elle a suivi l’installation de dix-huit conseils du Grand-Est et de la Bourgogne-Franche-Comté. Depuis, les CDCA du Haut-Rhin et du Bas-Rhin se sont rapprochés.

Des conflits déroutants

Elle rapporte que lorsqu’elle a commencé à observer les CDCA, elle a clairement identifié la présence de conflits entre les représentants des deux champs. Elle analyse ce positionnement comme « une forme de volonté pour chacun de protéger ses assises » soit ce qu’ils considèrent chacun comme des acquis. Cela témoigne aussi d’une certaine peur de perdre leurs accès aux décideurs publics et aux élus. Elle pense qu’il ne faut toutefois pas limiter ces conflits à la défense d’un pré carré. Cette querelle entre les secteurs des personnes âgées et du handicap lui paraît plus profonde. Elle relèverait de la nature même de la représentation. Les associations du handicap ont ainsi développé une large offre s’inscrivant en suppléance des pouvoirs publics. À l’inverse, les pouvoirs publics ont structuré le champ du vieillissement, plaçant les associations du grand âge en périphérie et dans un positionnement principalement revendicatif. La sociologue en conclut que les représentants de ces deux secteurs ne peuvent donc pas avoir la même vision de leur rôle. Pour les représentants du handicap, la CDCA est un espace de dialogue pour construire les politiques du handicap et pour les représentants du vieillissement il s’agirait d’un lieu pour outiller leurs actions revendicatives.

Le défi de la convergence

La chercheuse considère qu’il est désormais indispensable que les représentants associatifs trouvent un terrain d’entente. Elle note en effet que leurs tensions sont souvent soulignées par les agents et les élus pour questionner l’intérêt des CDCA pour adopter les politiques du grand âge et les politiques du handicap. Elle ressort également de ses travaux de recherche que « nous assistons actuellement aux prémices du rapprochement des deux secteurs qui se traduit par l’émergence d’une politique englobante dénommée autonomie ». Pour réussir ce défi, elle retient quelques conditions. Il faudra par exemple arriver à « coordonner des acteurs qui ont toujours travaillé de façon parallèle ». Par ailleurs, l’ensemble des représentants devront être formés pour connaître les spécificités des différents publics. Enfin, elle propose d’organiser des temps de formation et d’information réguliers et communs de type séminaire pour favoriser l’interconnaissance entre les deux champs.


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