Cauchemar en cuisine
Pour 70 millions de personnes environ. Prenez une bonne dose de sentiment de déclassement à faire mariner dans un bouillon à base d’inflation, d’incertitudes, de solastalgie. Ajoutez-y bonne rasade de populisme et de manque d’anticipation. Saupoudrez la mixture obtenue avec quelques boucs émissaires garnis (vous en trouverez facilement sur les réseaux sociaux) et un peu de mauvaise foi, ainsi qu’un soupçon de 49-3. Centrifugez le tout avant de mettre dans une cocotte-minute… Laissez mijoter jusqu’en 2027.
La justice sociale est un plat qui se mange chaud, mais la ration d’épinards est de plus en plus congrue pour certains quand d’autres les noient sous le beurre. Chacun sa formule pour sortir de la crise, car en France, on a des idées sur tout, de plus en plus même. Mais on a aussi de plus en plus, « surtout des idées ». Car malheureusement et à mesure que le temps presse, on prend de moins en moins la peine de s’entendre, voire de simplement s’écouter. À défaut de trouver la (les) recette(s), certains appellent à d’ailleurs à un « reset ».
À défaut de se mettre d’accord collectivement sur le menu, nous risquons tous de finir par nous faire manger. Entre-temps le monde associatif fait, avec des moyens toujours plus contraints, ce qu’il peut pour que les carottes ne soient pas trop cuites pour ceux qui sont au fond de la marmite…
Bonne lecture de notre petite sélection, en espérant qu’elle n’occasionne pas d’indigestion.

La tradition, ce n’est pas qu’une baguette. C’est également un petit déjeuner et notamment celui de l’« opération » dédiée à soutenir l’association Trisomie 21, qui propose une treizième édition de son rendez-vous annuel en faveur des personnes porteuses d’un chromosome supplémentaire. Trisomie 21 Meurthe-et-Moselle vous invite à commander votre « breakfast »et/ou faire un don pour financer notamment le poste d’un professeur en APA (Activités Physiques Adaptées) et soutenir le développement d’un projet d’habitat inclusif.
« UtopOui »… Entrée gratuite, sur réservation, pour la première d’un spectacle qui mêlera écriture et improvisation, avec des artistes de l’ESAT « artistique » du Caps. Temps d’échanges en amont et en aval du spectacle pour une soirée qui se veut conviviale. « Le Grand Oui », par la compagnie « Tout Va Bien », ça sonne déjà pas mal, non ? Mercredi 4 novembre 2026 à 18 h, la Salle des Fêtes de Gentilly.
Cercle vicieux. L’« école inclusive » est censée engendrer un changement de paradigme en faisant de l’accès à l’éducation pour tous le tremplin vers une société où chacun a sa place, malgré ses différences. Après avoir obtenu « gain de cause » concernant certaines lignes rouges qu’elles avaient identifiées, une quinzaine d’associations s’offusque aujourd’hui d’un retour à une logique de gestion de places et à des décisions prises unilatéralement de la part du gouvernement, à travers une récente circulaire interministérielle. Elles demandent un retour au dialogue, des moyens et un calendrier adaptés, pour une application juste et efficace.
Paradoxal système. S’il y a des personnes qui ne sont pas prêtes de prendre leurs désirs pour des réalités, ce sont bien celles en situation de handicap, qui estiment toujours souffrir d’un manque d’effectivité dans leur droit à une vie intime et sexuelle. Pourtant, comme le révèle une enquête d’« OpinionWay » commanditée par APF France handicap, une immense majorité de la population générale reconnaît l’importance de pouvoir jouir sans entrave d’une sexualité épanouie. La faute principalement aux tabous qui occasionnent une autocensure, un manque d’accessibilité des lieux de rencontre ou encore les freins juridiques à l’expérimentation d’un accompagnement dédié qui permettrait de répondre au moins à une partie des besoins. Parallèlement, on aurait aimé saluer la promulgation d’une « loi intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles, si cette dernière renforçait effectivement la protection des personnes les plus vulnérables (et notamment les femmes en situation de handicap) à travers la formation de l’ensemble des professionnels amenés à être en contact avec elles, alors que dans les faits le texte semble confondre encadrement et interdiction de l’accès à une sexualité librement choisie.
Partir un jour. Malgré quelques réserves, le conseil constitutionnel a déclaré conforme le projet de loi sur la fin de vie et l’aide à mourir. Une loi attendue par les malades et une grande partie de la société civile, qui a donné lieu à un rare moment de consensus politique cet été. Les décrets à paraître seront déterminants, car ils porteront sur les moyens et les conditions de mise en œuvre.
Casse sociale ? Le Collectif Handicap national s’est penché début octobre sur les Projets de Loi de Finance et de Loi de Financement de la Sécurité Sociale pour 2027. Il y a constaté un désengagement de l’État qui ferait porter sur les plus vulnérables une part conséquente des économies recherchées, mettant toujours plus en péril notre modèle social. Entre-temps, les projets ont été examinés par l’Assemblée Nationale : le PLFSS a été rejeté en première lecture, et le vote sur la partie recette du PLF a été repoussé… Le risque d’aggravation de la dette publique et du déficit de la sécurité sociale laissent peu de marges de manœuvres, mais la cohésion sociale doit rester un dénominateur commun dans l’esprit des négociations. Le Collectif Handicap demande encore et toujours la création d’un observatoire des besoins pour piloter les décisions publiques sur la base d’une connaissance objectivée.
La disparition. En parallèle des discussions à l’Assemblée nationale sur les lois de finances évoquées ci-dessus, l’UNIOPSS lançait une grande mobilisation à destination du grand public – mais surtout des décideurs politiques afin de faire prendre conscience du rôle central des associations du secteur social / médico-social et des difficultés auxquelles elles sont confrontées : devoir faire toujours plus avec moins, remplir leur mission de cohésion sociale malgré une situation budgétaire qui se dégrade régulièrement. Jusqu’au jour où elles ne pourront plus le faire… Avec les conséquences catastrophiques qu’un pays comme la France se doit éviter. À la fois appel au secours et cri d’alarme, une pétition – toujours en ligne – accompagne cette démarche intersectorielle, à relayer au plus grand nombre.
Qu’est-ce qu’un droit s’il n’est pas effectif ? C’est sur cette question quasi rhétorique que se termine l’« argumentaire » du Gepso (Groupe National des Établissements et Services Publics Sociaux et Médico-sociaux), qui propose les 26 et 27 novembre des « assises » (sic) du handicap. Au programme de ces deux journées : repérer les droits des PSH post loi de 2005, identifier les freins et les leviers pour les rendre effectifs. Cette formation en cinq séquences s’appuiera sur de nombreux témoignages, ateliers / partages d’expériences et interventions de personnes qualifiées. À destination des professionnel.le.s du secteur social et médico-social, personnes accompagnées et aidant.es ou représentant.es de personnes accompagnées.
Carte bleue. Elle a cartonné pendant des années, mais la carte de stationnement pour les PSH change de format. Vous avez une carte délivrée après le 1er janvier 2017 ? Pas de panique, il s’agit probablement déjà d’une Carte Mobilité Inclusive. Dans ce cas, aucune démarche n’est nécessaire, votre carte reste valable jusqu’à sa date d’expiration. Dans le cas contraire, entamez des démarches dans les meilleurs délais pour rester mobile. À l’approche de l’échéance, les services vont être très sollicités.
Pour le Collectif Handicap 54,
François JACQUES, Edito/Résumés
Vincent HAREL, Veille informationnelle
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