Alors que le gouvernement affirme vouloir « améliorer l’efficience » de l’accès à l’Allocation aux adultes handicapés (AAH), une nouvelle mesure entrée en vigueur à l’automne 2026 pourrait compliquer le parcours des demandeurs. Un décret du 7 août et un arrêté du 11 août 2026 imposent désormais la tenue d’entretiens individuels préalables dans les Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) pour l’attribution ou le renouvellement de l’AAH dite « AAH-2 », destinée aux personnes ayant un taux d’incapacité compris entre 50 % et 79 %.

Une procédure supplémentaire sous tension
Ces entretiens, financés par une enveloppe exceptionnelle de 8,4 millions d’euros répartie entre les MDPH, visent officiellement à « renforcer l’évaluation » et à « améliorer l’appréciation de la restriction substantielle et durable pour l’accès à l’emploi » (RSDAE). Concrètement, cela signifie que chaque demandeur ou bénéficiaire concerné devra désormais convaincre un professionnel de la MDPH, lors d’un face-à-face, que son handicap constitue bien un frein majeur à l’emploi.
Si l’objectif affiché est d’assurer un « juste droit », cette étape supplémentaire fait craindre un durcissement des conditions d’obtention. L’évaluation de la RSDAE, déjà complexe et souvent source d’inégalités territoriales, risque de devenir encore plus subjective lors de ces entretiens. Pour de nombreuses personnes dont le handicap n’est pas immédiatement visible ou dont les difficultés d’insertion professionnelle sont multifactorielles, cet exercice oral pourrait se transformer en un obstacle rédhibitoire, menant à des refus ou à des non-renouvellements injustifiés.
Des moyens jugés insuffisants par les départements
La mise en œuvre de ce dispositif repose sur le recrutement de nouveaux professionnels par les MDPH. Or, les représentants des départements, consultés lors du Conseil national d’évaluation des normes le 4 juin 2026, ont alerté sur l’insuffisance criante des moyens alloués. Avec une dotation variant de 10 000 € à 262 000 € selon les territoires, les élus locaux estiment que ces montants « ne seront vraisemblablement pas suffisants pour financer les besoins supplémentaires en ressources humaines ».
Ce sous-financement expose le dispositif à deux risques majeurs. D’une part, un allongement des délais de traitement des dossiers, pénalisant des personnes souvent en situation de précarité immédiate. D’autre part, une réalisation des entretiens dans des conditions précipitées ou par des personnels insuffisamment formés, augmentant le risque d’erreurs d’appréciation et de ruptures de droits.
Une surveillance accrue des données
La mesure s’accompagne d’un renforcement du pilotage national. Les MDPH devront transmettre à la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), dès février 2027, des données précises sur le nombre de décisions et d’entretiens réalisés, avant de rendre un bilan complet en juin 2027. Cette collecte massive de données vise probablement à ajuster le curseur de l’éligibilité à l’échelle nationale, confirmant la volonté de l’État de mieux contrôler les flux de bénéficiaires de l’AAH-2.
Le spectre de la rupture de droits
Pour les associations de personnes handicapées, cette réforme sonne comme une alarme. Dans un contexte où le pouvoir d’achat des personnes en situation de handicap est déjà sous tension, ajouter une barrière procédurale à l’accès à l’AAH revient à prendre le risque de priver d’allocation des personnes qui y ont légitimement droit. La crainte est de voir se multiplier les situations où la complexité administrative et la subjectivité d’un entretien conduisent à exclure du droit commun les plus vulnérables.
Alors que la solidarité nationale devrait garantir un revenu minimum à celles et ceux dont le handicap limite l’accès à l’emploi, la mise en place de ces entretiens d’évaluation pourrait paradoxalement fragiliser ceux-là mêmes que l’AAH est censée protéger. La vigilance sera de mise sur les premiers bilans de mise en œuvre, car l’enjeu n’est pas seulement budgétaire : il est humain.
SOURCES
Décret du 7 août 2026
Arrêté du 11 août 2026
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