Alors que le bilan de la « Grande Cause Nationale Santé Mentale 2025 » est dressé, l’Uniopss (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux) et le CNSJ (Collectif national pour la santé des jeunes) publient une contribution commune pour la réunion interministérielle de mai 2026.
Représentant respectivement 35 000 établissements et plus de 785 000 jeunes accompagnés, ces acteurs de terrain alertent sur l’urgence de dépasser les symboles pour construire une stratégie interministérielle dotée de moyens pérennes.

Une approche globale plutôt que curative
Le document pointe les limites d’une politique encore trop fragmentée et hospitalo-centrée. Pour l’Uniopss et le CNSJ, la santé mentale ne peut se réduire à une réponse d’urgence ou à des campagnes de sensibilisation ponctuelles. Ils plaident pour un changement de paradigme fondé sur la prévention et la promotion de la santé mentale comme priorités structurantes. Cette vision implique d’agir sur les déterminants sociaux, économiques et environnementaux (logement, travail, précarité) et de garantir la participation effective des personnes concernées à l’élaboration des politiques publiques.
Les constats sont sans appel : les actions de prévention restent insuffisamment coordonnées, les financements morcelés empêchent toute vision à long terme, et la promotion du bien-être mental demeure marginale. En conséquence, les dispositifs de premier recours se retrouvent saturés, palliant les carences des structures spécialisées avec des délais d’attente excessifs.
Gouvernance territoriale et financements dédiés
Pour remédier à ces dysfonctionnements, les signataires réclament une gouvernance territoriale claire, articulée autour des Projets Territoriaux de Santé Mentale (PTSM) et des Conseils Locaux de Santé Mentale (CLSM). Ces instances doivent être dotées de budgets dédiés, pluriannuels et décloisonnés, permettant une coopération effective entre acteurs sanitaires, sociaux, médico-sociaux et associatifs. L’objectif est de déployer un « panier de services » de proximité incluant prévention, aller-vers, accueil inconditionnel et équipes mobiles.
Une attention critique est portée à la crise de la pédopsychiatrie publique. Face à la saturation des dispositifs spécialisés et au manque de professionnels, l’Uniopss et le CNSJ demandent le renforcement du repérage précoce, le développement de la pédopsychiatrie mobile et une meilleure articulation entre la santé, l’éducation et la protection de l’enfance. Ils soulignent également la nécessité de soutenir l’intégration sociale des jeunes et de développer une offre de santé mentale périnatale pour accompagner les parents vulnérables.
Vers une reconnaissance durable de la pair-aidance
Au-delà des structures, c’est la reconnaissance des compétences qui est en jeu. Le texte revendique une intégration durable de la pair-aidance au sein des équipes territoriales et une protection des dispositifs d’aller-vers. Pour les auteurs, seule une politique interministérielle, refusant les réponses uniquement coercitives au profit d’approches inclusives, permettra de réduire les inégalités sociales et territoriales qui pèsent durablement sur la santé mentale des citoyens.
Cette contribution, soutenue par une centaine de fédérations et associations nationales (dont le Secours Catholique, Emmaüs France, la Fondation de France ou encore Santé Mentale France), appelle les pouvoirs publics à transformer la reconnaissance symbolique de la santé mentale en engagements concrets et financés.
En savoir plus sur Le Collectif Handicap 54
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

