Fin juillet 2026, un rapport conjoint de l’Inspection générale des finances (IGF) et de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) a jeté un pavé dans la mare. Intitulé « La lutte contre la fraude aux prescriptions et aux facturations à l’assurance maladie », ce document, finalisé en 2025 mais publié avec neuf mois de retard, livre une conclusion sans équivoque : 93 % des fraudes détectées à l’Assurance maladie proviennent des professionnels de santé, contre seulement 7 % imputables aux patients.

Un constat chiffré qui bouscule les idées reçues
Le rapport révèle que sur les 723 millions d’euros de fraude détectée en 2024, la quasi-totalité émane des acteurs du système de soins. Les pratiques incriminées sont variées : facturations d’actes fictifs, détournement de numéros de Sécurité sociale pour équiper des patients de matériel jamais délivré, prescriptions indues, ou encore surfacturation dans le cadre des offres « 100 % santé ».
Les inspecteurs estiment même que la fraude réelle se situerait entre 1,4 et 1,9 milliard d’euros par an, soit bien au-delà des montants officiellement détectés. Ce décalage s’explique par la complexité des mécanismes de contrôle et la difficulté à identifier certaines pratiques, notamment dans un contexte de généralisation du tiers payant depuis 2016.
Des mesures qui frappent d’abord les usagers
Pourtant, les mesures annoncées ou mises en œuvre ces dernières années continuent de cibler prioritairement les patients. Renforcement des contrôles sur les arrêts maladie, durcissement des sanctions pour les assurés, suspicion systémique lors des demandes de remboursement, franchises : le quotidien des usagers se fait plus lourd, plus intrusif, plus anxiogène.
Comment justifier que 7 % des fraudes génèrent toute l’attention médiatique et politique et que les véritables coupables ne soient pas désignés et sanctionnés ?
Comment accepter que les patients, déjà confrontés à des délais de rendez-vous de plus en plus longs, à des déserts médicaux et à un reste à charge croissant, soient traités comme des fraudeurs potentiels, tandis que les véritables failles du système restent largement impunies ?
Un rapport qui appelle à un changement de paradigme
Le rapport IGF-Igas ne se contente pas de constater : il propose. Parmi les pistes avancées :
- Renforcer les contrôles ciblés sur les professionnels, notamment via l’analyse algorithmique des prescriptions et des facturations.
- Sanctionner plus systématiquement les pratiques frauduleuses, avec des peines dissuasives et une publicité des sanctions.
- Simplifier les procédures de signalement pour les salariés du secteur de la santé (lanceurs d’alerte).
- Rééquilibrer la communication publique pour ne plus laisser croire que la fraude est d’abord le fait des patients.
Une opportunité politique à ne pas manquer
La publication de ce rapport, même tardive, offre une occasion rare de replacer le débat sur des bases factuelles. Il ne s’agit pas de stigmatiser une profession, mais de reconnaître que la fraude est d’abord structurelle, organisationnelle, et qu’elle se niche dans les maillons les plus puissants du système.
Les usagers ne demandent pas l’impunité pour quiconque. Ils demandent de la justice. Que les contrôles soient proportionnés aux risques réels de fraude. Que les sanctions frappent ceux qui détournent le système, pas ceux qui le subissent. Que la lutte contre la fraude cesse d’être un prétexte pour restreindre l’accès aux soins.
Le rapport est en ligne et ci-dessous. Les chiffres sont là. Il est temps pour le gouvernement d’agir en conséquence.
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