Bobigny, 4 septembre 2026. – Alors que le président de la République ouvre ce vendredi la 7e Conférence nationale du handicap (CNH) au Prisme de Seine-Saint-Denis, le mot d’ordre est clair : « Passer d’une société inclusive à une société pleinement accessible ». Trois ans après la précédente édition, le gouvernement présente une feuille de route ambitieuse structurée autour de 16 engagements et 65 mesures. Pourtant, alors que les associations saluent une méthode participative inédite, les disparités territoriales et les lenteurs administratives restent des obstacles majeurs à l’égalité réelle des droits.

Une méthode participative et des engagements structurels
La CNH 2026 se distingue par sa construction « avec et pour » les personnes concernées, appliquant le principe « Rien pour nous sans nous ». Le dossier de presse gouvernemental met en avant une approche transversale visant à inscrire l’accessibilité au cœur du pacte républicain.
Parmi les avancées majeures annoncées :
- Une stratégie nationale de l’accessibilité (2026-2029) : Pour la première fois, un pilotage interministériel renforcé vise à rendre effective l’obligation d’accessibilité dans tous les domaines (bâti, transports, numérique, voirie), avec un tableau de bord trimestriel.
- L’école et l’emploi : Le déploiement des « Pôles d’appui à la scolarité » (PAS) se poursuit pour fluidifier les parcours, tandis que l’objectif est d’accompagner 20 000 bénéficiaires de l’emploi accompagné d’ici 2028. La convergence des droits des travailleurs en ESAT vers le droit commun s’accélère.
- Santé et autonomie : La prise en charge intégrale des fauteuils roulants, effective depuis décembre 2025, est confirmée comme une réussite structurante. Une nouvelle stratégie nationale autisme et troubles du neurodéveloppement est lancée pour mieux accompagner les situations complexes.
- Citoyenneté et vie intime : Des mesures fortes sont prises pour la vie affective et sexuelle, avec la généralisation des centres ressources INTIMAGIR et un plan de lutte contre les violences. La citoyenneté est renforcée par l’accès à la Journée Défense Citoyenneté (JDC) et la réflexion sur l’éligibilité des majeurs protégés.
Le gouvernement s’appuie également sur l’héritage des Jeux de Paris 2024 et prépare déjà ceux des Alpes françaises 2030 pour accélérer la mise en accessibilité des transports et des équipements sportifs.
Le miroir des territoires : des droits à géométrie variable
Malgré ces annonces, un rapport de l’IGAS et de l’IGF de mai 2025, cité par Le Monde, pointe du doigt la persistance d’inégalités territoriales « inacceptables ». La loi de 2005 garantit l’égalité des droits sur l’ensemble du territoire, mais la réalité des dossiers traités par les Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) dessine une France à plusieurs vitesses.
Les écarts constatés sont significatifs :
- Délais de traitement : Le temps moyen d’instruction est de 4 mois et demi, mais il peut atteindre 14 mois à Mayotte ou près de 9 mois en Seine-Maritime, contre un peu plus d’un mois dans la Meuse.
- Attribution des droits : Le taux de bénéficiaires de l’Allocation aux adultes handicapés (AAH) varie jusqu’à 6,5 fois d’un département à l’autre. Pour la Prestation de compensation du handicap (PCH), les montants attribués présentent un indice d’écart de 1 à 3,85.
- Pratiques divergentes : L’application des droits sans limitation de durée (RSDAE) concerne 85 % des dossiers dans les Alpes-de-Haute-Provence, contre seulement 20 % dans les Alpes-Maritimes.
Ces disparités s’expliquent par un manque de normes sur le personnel des MDPH, des interprétations locales de textes complexes et des situations financières départementales hétérogènes. Comme le souligne Fatima Khallouk, de la Fédération des aveugles et amblyopes de France, « l’État est garant de l’égalité territoriale », un principe mis à mal par ces « zones de flou ».
Limites et défis : la concrétisation des promesses
Si la CNH 2026 propose un cadre ambitieux, plusieurs limites subsistent quant à son application effective :
- L’harmonisation des pratiques : Le gouvernement mise sur un système d’information national unifié pour les MDPH (dès 2028) et des référentiels de la CNSA. Cependant, ces guides ne sont pas « opposables » juridiquement, laissant une marge de manœuvre importante aux départements. L’absence de pouvoir de sanction en cas de non-respect des règles nationales reste un point de blocage majeur dénoncé par les associations.
- Le financement et les moyens humains : Les départements alertent sur leurs difficultés financières, notamment pour la PCH dont ils supportent une partie du coût. La réforme du taux de concours de la CNSA en 2025 n’a pas suffi à résorber les écarts. De plus, le manque de personnel qualifié dans les MDPH continue d’allonger les délais, créant des ruptures de droits dramatiques lors des déménagements.
- L’accessibilité universelle en retard : Malgré les engagements, les chiffres montrent un retard dans la mise en conformité des établissements recevant du public (ERP) et des sites internet de l’État. Le fonds territorial d’accessibilité pour les petits commerces a d’ailleurs été réorienté faute de candidats suffisants, révélant un reste-à-charge trop élevé pour les exploitants.
Conclusion
La Conférence nationale du handicap 2026 marque une étape importante dans la reconnaissance politique du handicap, avec une volonté affichée de co-construction et une série de mesures structurelles prometteuses, notamment sur l’accessibilité et la santé. Toutefois, la réussite de cette politique ne se mesurera pas aux annonces, mais à la capacité de l’État à garantir une application uniforme des droits sur l’ensemble du territoire. Sans une harmonisation contraignante des pratiques des MDPH et un financement pérenne des départements, le risque demeure de voir se creuser le fossé entre les ambitions de la République et le vécu quotidien des 12 millions de Français en situation de handicap.
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