À l’issue de la Conférence nationale du handicap (CNH) 2026, les principales fédérations et collectifs associatifs font le constat d’une ambition affichée mais d’une concrétisation insuffisante. Si tous saluent la reconnaissance politique de certains enjeux, ils pointent unanimement le manque de moyens, l’absence de mesures contraignantes et le risque d’une « année blanche » liée au calendrier électoral.

1. Collectif Handicaps : « Pas d’année blanche » et exigence de contraintes
Le Collectif Handicaps adopte une posture vigilante et critique, refusant que la période pré-électorale ne mette les droits entre parenthèses.
- Les points positifs : Le Collectif se réjouit que l’accessibilité devienne enfin un cap gouvernemental et salue la participation accrue des experts d’usage. Il adhère aux principes des 16 engagements.
- Les critiques majeures :
- Absence de contrainte : La stratégie nationale d’accessibilité est jugée trop faible : aucun renforcement des contrôles ni durcissement des sanctions n’est annoncé.
- Omissions graves : Le communiqué déplore l’absence totale de mesures sur le droit à la compensation, la lutte contre la précarité, la création d’un observatoire des besoins, et un volet « quasi vide » sur la vie intime, affective et sexuelle.
- Logement : L’absence d’abrogation de la loi ELAN, jugée discriminante pour l’accès au logement, est vivement critiquée.
- L’appel à l’action : Le Collectif exige que les travaux se poursuivent sans délai malgré l’élection présidentielle de 2027, refusant l’inertie politique sur des dossiers urgents comme la suppression des ECAP (emplois exigeant des conditions d’aptitude particulières).
2. L’Unapei : Des engagements « purement symboliques »
L’Unapei exprime une déception profonde, dénonçant un décalage entre l’autosatisfaction gouvernementale et la réalité du terrain.
- Le manque de moyens : L’association regrette l’absence totale de chiffrage financier des mesures, rendant leur application incertaine.
- Des promesses non tenues : Certaines annonces ne sont que la répétition d’engagements de la CNH 2023 restés inaboutis.
- Contexte budgétaire : L’Unapei alerte sur les Projets de Loi de Finances 2025 qui pourraient entraîner des reculs de droits, transformant le handicap en variable d’ajustement budgétaire.
3. APF France Handicap : L’urgence de l’aide humaine
APF France handicap se distingue par un accueil plus positif sur un point précis, tout en restant exigeante sur la suite.
- Une avancée majeure : L’association salue l’annonce d’un travail sur l’aide humaine, premier pas vers le « Grenelle » qu’elle réclame depuis 2023.
- L’attente des actes : Elle insiste sur la nécessité de traduire rapidement cette ouverture en changements concrets pour mettre fin aux situations indignes et garantir le libre choix du lieu de vie.
4. L’Uniopss : Des angles morts inquiétants
L’Uniopss appelle à faire de 2027 une « année utile » et pointe des oublis stratégiques dans la feuille de route.
- Les omissions : L’association regrette l’absence de mesures sur l’adaptation au changement climatique (pourtant crucial pour les personnes vulnérables) et le maintien du recul de la loi ELAN sur le logement accessible.
- Fragilisation des acteurs : Elle alerte sur le gel de 215 millions d’euros de subventions qui menace la survie des associations, pourtant moteurs de l’innovation sociale.
- Points de satisfaction : Des propositions sur la protection juridique des majeurs ont été retenues, ce que l’Uniopss salue.
Conclusion : Un front commun contre l’attentisme
Malgré des nuances dans le ton, un consensus fort se dégage entre le Collectif Handicaps, l’Unapei, l’Uniopss et APF France handicap :
- Le refus du statu quo : Aucune association ne se satisfait du niveau d’engagement actuel, jugé trop flou et insuffisamment financé.
- La demande de contraintes : L’accessibilité et les droits ne peuvent reposer sur du volontariat ; des sanctions et des cadres légaux forts (abrogation de la loi ELAN, droit à la compensation) sont exigés.
- L’urgence politique : Tous appellent à ne pas geler les décisions en attendant l’élection présidentielle de 2027. Pour le Collectif Handicaps comme pour l’Unapei, les droits des 12 millions de personnes handicapées ne sauraient être otages du calendrier électoral.
La mobilisation se poursuit donc pour transformer ces annonces de principe en droits effectifs, avec une vigilance accrue sur les budgets et les décrets d’application dans les mois à venir.
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