Ce qui est tissé ensemble
La disparition d’Edgar MORIN samedi dernier soustrait au monde un de ses plus brillants esprits. Lui qui a développé et popularisé le concept de « pensée complexe », prôné une approche holistique des problèmes sociaux et environnementaux, aurait fait peu de cas du fait que son décès soit moins médiatisé que les performances footballistiques du PSG.
Néanmoins, sa capacité à (nous faire) percevoir le monde sous toutes ses coutures raisonne terriblement à l’heure où le traitement de la donnée atteint des sommets, notamment quand on considère les investissements faramineux à destination des « datas centers », ces derniers contribuant tantôt à une certaine idée du progrès, tantôt à une atrophie cérébrale, ce qu’on pouvait déjà imputer aux réseaux sociaux.
Gardons, à son image, un tempérament vif et curieux, par exemple en n’opposant pas joie populaire, conscience individuelle et collective, à l’image de la course psycyclette qui fait l’objet de notre premier article cette semaine. Oxygénons-nous les neurones, en rêvant par exemple de vacances adaptées, de compensation des besoins, de postes aménagés et bien rémunérés pour tous…
Bref, ne passons pas à côté des choses simples, mais n’oublions pas que rien ne l’est tant qu’on ne l’a pas conjointement décidé.

Peloton de tête. Un beau projet associant sur 1000 km défi sportif, sensibilisation et solidarité : c’est la Psycyclette, parcours de cyclotourisme qui revient pour sa 12e édition et dont l’un des parcours fera étape à Nancy. Patients, soignants et sympathisants, dans une même équipe, pour combattre la stigmatisation et les préjugés sur les troubles psychiques. De quoi doper le moral tout en rappelant, en cette deuxième année de grandes causes pour la santé mentale, que nous sommes tous concernés. Comme le rappelle l’UNAFAM qui porte l’événement, une personne sur quatre sera concernée au cours de sa vie.
Prendre soin des soignants. Notamment dans le secteur de la santé mentale, qui souffre particulièrement d’une détresse qui, malgré des facteurs identifiés (pénurie croissante de moyens humains et matériels, pathologies de plus en plus complexes etc.), reste considérée comme une fatalité. L’accumulation de rapports et d’études ne suffira pas à prévenir un burnout sociétal : des actions tangibles doivent être prises, de manière collective et organisationnelle.
« Respecter le temps de pause ». Une accumulation de facteurs font se dégrader ces dernières années l’accès à des vacances adaptées. Ce type de séjour reste malgré tout essentiel pour de nombreuses personnes et leur famille, en leur offrant un « temps pour soi », une bouffée d’air, une pause salutaire dans des quotidiens souvent malmenés. L’UNAPEI, en sa qualité de membre du Conseil National des Loisirs et du Tourisme Adaptés (CNLTA), fait paraître une enquête en « triple expertise » (vacanciers, proches, professionnels accompagnants) qui dresse un état des lieux des séjours, identifie les barrières et attentes des différentes parties afin d’améliorer et développer l’offre. Résultats disponibles en FALC.
Pas aussi simple compensé… Elle n’est pas en alexandrins, mais l’enquête Phedre (Prestation de compensation du handicap : exécution dans la durée et reste à charge) prend racine dans le suivi d’une cohorte de bénéficiaires ayant fait une demande en 2012, dans les 24 départements participants. Plus de 20 ans après la mise en œuvre de ce dispositif, cette enquête a bénéficié d’une méthodologie visant à dépasser la simple agrégation de données statistiques, notamment via des entretiens en face-à-face avec les personnes concernées. Elle met par ailleurs en exergue les profils des bénéficiaires, le cumul de leurs besoins et la couverture de ces derniers, tout en posant de premières bases d’explication sur la « sous-consommation » des plans d’aide attribués. Mais pour inédite qu’elle soit, elle ne constitue qu’une première étape pour répondre à ces « Questions d’économie de la santé » : identifier les restes à charge selon les types d’aides et identifier les leviers pour améliorer l’effectivité des droits.
Chroniques d’une discrimination annoncée. Le 28 avril dernier, à l’occasion de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, nous rappelions un tristes constat. Alors que, pour de multiples raisons, la part de personnes atteintes de maladies chroniques en emploi augmente de manière continue, les employeurs – responsables de la prévention et de la mise en œuvre de la santé au travail – ne jouent pas toujours le jeu de l’égalité des chances en ne mettant pas en place les aménagements préconisés. La Défenseur Des Droits, en collaboration avec l’organisation internationale du travail, publiait en 2023 un nouveau « baromètre des discriminations en emploi », montrant la persistance de ces dernières, à l’embauche comme pour le maintien dans l’emploi, et les conséquences délétères sur les parcours professionnels. La DDD se disait rester vigilante. What else ?
Pairs oxydés. Les aidants ont beau faire le maximum pour leurs proches, ils vieillissent avec eux. Aussi, leurs besoins et leurs attentes évoluent dans ce même temps. Afin de mieux les comprendre, un questionnaire en ligne vise à recueillir un maximum de témoignages. À la clé : des solutions pour améliorer le quotidien.
Pour le Collectif Handicap 54,
François JACQUES, Edito/Résumés
Vincent HAREL, Veille informationnelle
En savoir plus sur Le Collectif Handicap 54
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

