Autonomie à domicile : un front uni d’acteurs réclame une réforme structurelle avant la présidentielle

À sept mois de l’élection présidentielle, un consensus rare se dessine parmi les acteurs du secteur médico-social. Alors que le réseau Una, syndicat d’employeurs fédérant 539 structures, présentait le 9 septembre 2026 ses propositions pour « transformer l’intention en réalité », il n’est plus seul à sonner l’alarme. La Coalition 2027, regroupant une quinzaine d’acteurs publics et privés, ainsi que de nombreux départements, convergent vers le même diagnostic : le système actuel est à bout de souffle et une refonte complète du financement est inévitable.

illustration
Autonomie à domicile : un front uni d’acteurs réclame une réforme structurelle avant la présidentielle

Un droit universel opposable : un objectif partagé

« Tout ce qui concerne l’autonomie est particulièrement oublié dans les programmes électoraux alors que l’on a vraiment besoin de réformes », a souligné Marie-Reine Tillon, présidente d’Una. Son appel à faire de l’accompagnement à domicile un droit universel opposable trouve un écho puissant auprès d’autres organisations. Le Défenseur des droits a récemment documenté les ruptures de prise en charge, confirmant qu’il n’est « pas tolérable » que des personnes en situation de dépendance se retrouvent sans solution faute de services disponibles.

La Coalition 2027, qui inclut des présidents de départements comme Olivier Richefou, des mutuelles et des fondations, abonde dans ce sens. Dans son modèle dévoilé en septembre 2026, elle insiste sur la nécessité de « prévenir plus tôt » et de garantir un « virage domiciliaire » effectif face au « mur démographique » de 2030. Pour ces acteurs, l’enjeu n’est plus seulement de réformer, mais de sauver un système organisé autour des parcours de vie, de l’enfance au grand âge.

Le financement départemental : un modèle jugé obsolète par tous

Le point de convergence le plus frappant concerne le financement. Pour Una, le système actuel, basé sur des concours de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) aux départements, est « obsolète » et « pas tenable ». « On sera toujours trop chers parce que le nombre de personnes âgées augmente plus vite que le budget des départements », analyse Vincent Vincentelli, directeur du pôle politiques publiques d’Una.

Ce constat n’est plus contesté. Une quarantaine de départements ont déjà choisi de sortir du système de tarification classique, reconnaissant implicitement l’échec du modèle. Bien que l’Assemblée des départements de France (ADF) reste attachée à ses compétences, elle admet que les spécificités territoriales ne peuvent plus justifier des inégalités de prise en charge. « La seule vraie spécificité, c’est qu’il y a des départements plus riches que d’autres », tranche Una, une réalité que la Coalition 2027 tente également de corriger dans ses propositions.

Vers une cinquième branche de la Sécurité sociale renforcée

Face à ce constat, les solutions proposées convergent vers un renforcement de la solidarité nationale. Una plaide pour « concrétiser » la promesse de la cinquième branche de la Sécurité sociale, créée le 1er janvier 2021. Il s’agirait d’y intégrer toutes les politiques de l’autonomie, de rattacher les financements du domicile à l’Ondam médico-social et de doter la CNSA d’un réseau de caisses locales.

Dans ce scénario, soutenu implicitement par la CNSA elle-même dans ses récents rapports budgétaires, les départements verraient leur rôle recentré sur l’évaluation et l’orientation, exercés « avec neutralité et objectivité puisque ce ne serait pas corrélé au financement », précise Élodie Jung, directrice générale d’Una. La Coalition 2027 propose également un nouveau modèle de gestion du risque dépendance qui passe par une sécurisation du financement, bien que les mécanismes exacts puissent varier.

Une loi de programmation pluriannuelle : l’urgence d’un cadre national

Pour assurer la pérennité du système, l’ensemble des acteurs réclame un cadre national garantissant l’égalité de traitement. Una appelle à l’adoption d’une loi de programmation pluriannuelle de financement de l’autonomie, permettant de financer par la solidarité nationale le coût de revient réel des services. Cette approche vise à mettre fin au sous-financement chronique et aux disparités territoriales qui pénalisent tant les usagers que les professionnels.

La reconnaissance des métiers du domicile passe également par une convergence salariale progressive entre les professionnels du domicile et ceux exerçant en établissement, une mesure soutenue par l’ensemble de la profession pour enrayer la crise des recrutements.

Des espoirs limités dans les annonces immédiates

Malgré ce front uni, le calendrier politique reste incertain. Marie-Reine Tillon ne place aucun espoir dans les débouchés de la Conférence nationale de l’autonomie prévue fin septembre 2026. Pour elle, comme pour la Coalition 2027, les vrais changements structurels – refonte des autorisations, abandon des appels à projets complexes, et surtout nouveau mode de financement – devront attendre les engagements de la prochaine mandature présidentielle.

Avec un budget de la branche autonomie dépassant les 42 milliards d’euros en 2025 et un déficit prévisionnel en croissance, l’urgence n’a jamais été aussi pressante. La convergence des diagnostics entre Una, la Coalition 2027, les départements et la CNSA offre une feuille de route claire. Reste à savoir si les candidats à la présidentielle sauront s’en emparer pour transformer enfin le consensus sur le maintien à domicile en réalité tangible pour les millions de Français qui en ont besoin.

Propositions de l’UNA et réactions du secteur :

Propositions de la Coalition 2027 et autres acteurs :

Données sur la CNSA et le financement (5e branche) :

Contexte réglementaire :


En savoir plus sur Le Collectif Handicap 54

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire